L'histoire de la concentration majors/indépendants : Rock the Music Industry !
Dans cette article je reviens sur l’impressionnant mouvement de concentration, déconcentration et reconcentration qu’a connu l’industrie musicale à partir des années 50, causé par une forte secousse à l’intérieur du champ institutionnel : le Rock&Roll !
La crise de 1929 accentuée par l’émergence de grandes chaines de radio font chuter les ventes de disques de 150 millions à 25 millions en 1935 aux Etats-Unis. La radio est premièrement tenue responsable de cette crise, car elle offre gratuitement l’écoute de musique. Pour faire face à ces revenus en chute, l’industrie musicale se restructure et ce concentre. Ainsi à la fin des années 1930, le marché mondial est dominé par 3 entreprises : Victor, Columbia, EMI et Decca fondé en 1934. La stratégie dès lors est différente puisque les maisons de disque impliquent désormais les grandes chaines de radios dans la promotion des artistes.
Decca fut la première entreprise à se consacrer uniquement à la production, à la commercialisation, et la promotion de ses artistes. Ainsi cette firme créée elle même le fameux « star-system » en ne concentrant ses efforts que sur quelques artistes, répondant désormais an nom de « stars ». Les nombreux « hit parade » rassemblent chaque samedi soir des milliers d’américains derrières leurs postes de radios pour connaître l’artiste le plus acheté de la semaine.
En 1954, avec l’explosion de la culture « Rock and Roll », les majors ne sont plus qu’a l’origine de 34% des disques figurant dans le top 100. En effet, le rock est contestataire, et donc indépendant. Les labels indépendants deviennent donc très puissants sur ces segments anciennement de niche. L’industrie musicale assiste donc pendant cette période la a un phénomène de déconcentration du marché, avec de nouveaux entrants qui viennent prendre des parts de marché importantes aux acteurs principaux du secteur.

Suite à cette révolution « Rock & Roll » les majors vont adopter une toute nouvelle stratégie. Avant cela, les maisons de disques produisaient un nombre relativement peu élevé d’artistes, mais avec un matraquage médiatique tel que ces artistes devenaient des stars avec les retombées financières attendues. Mais face à la menace de nouveaux entrants les majors adoptent une nouvelle stratégie qui part d’une remise en cause de leur cœur de métier. D’une part car les indépendants déplacent leur centre de gravité de la commercialisation des disques, à la découverte de nouveaux talents. Et ce cœur de métier n’est pas imitable pour les majors, ce qui confère aux indépendants un avantage concurrentiel certain.
La stratégie introduite par Warner au cours des années 1970 fut de construire « des organisations multidivisionnelles par lesquelles les firmes deviennent des fédérations de labels ». Ainsi la division musique de Warner-Bros rachète successivement trois des labels indépendants les plus innovants : Atlantic, Electra et Asylum. La découverte de talents est donc externalisé puisque les labels achetés gardent une autonomie stratégique mais sont toujours rattachés à la maison mère. De part cette nouvelle stratégie adoptée par la suite par tous les acteurs de l’industrie, les majors combattent l’incertitude du marché. Avec des coûts de productions et surtout de promotion importants, les majors multiplient les sorties pour espérer rentabiliser les productions dont 1/10ème atteignent l’équilibre financier. Ainsi on assiste à une concentration verticale de l’industrie qui à pour but ultime de réduire les coût fixes et créer des économies d’échelles.
Pendant cette longue période qui s’étale de l’invention du phonographe, à aujourd’hui, on distingue principalement 6 régimes de concurrence :
- La concurrence sur les appareils d’écoute notamment entre Berliner et Edison
- La concurrence se déplace alors sur la qualité des systèmes d’écoute
- La concurrence va alors s’installer sur les « stars » dans le modèle du « star system »
- Puis avec l’émergence de nouveaux courants musicaux, la concurrence se déplace vers la capacité des maisons de disques à produire des musiques alternatives, et donc d’anticiper, de découvrir, et de profiter des nouvelles tendances.
- Après 1960 les majors vont réorganiser le système en firmes multidivisionnelles et la concurrence s’effectue sur la stratégie de fusion et d’acquisition des labels.
- Le dernier régime de concurrence va se déplacer vers la gestion du catalogue, en monétisant le « back catalogue » avec l’apparition dans chaque majors d’une division « publishing ».
En 2009, nous nous retrouvons en quelques sorte dans la même configuration qu’au début des années 50. 4 Majors se partagent 80% du marché de la musique enregistrée (en valeur) et trustent presque toutes les places des tops. Et encore une fois les nouveaux comportements consommateurs remettent en cause cette domination et intrinsèquement le modèle même des majors. Quel nouveau modèle va émerger de cette révolution? Le pouvoir ne semble cette fois-ci pas être transféré vers les indépendants, ou en tout cas pas pour l’instant.



24. juil, 2009 






À Propos de l'Auteur :
« les indépendants déplacent leur centre de gravité de la commercialisation des disques, à la découverte de nouveaux talents. » Euh cest pas forcément un choix « volontaire (on a l'impression en lisant ta phrase que c'est volontaire)
Si la commercialisation (j'en déduis la distrib en fait non ? ) à été très centralisé c'est à la fois parce qu'elle le peut (contrairement à la prod qui reste artisanal et pas ou peu « industrialisable ») et parce que les ressources que demande une distrib internationale pour un label ne sont pas gérable à l'échelle de son CA. Cette mutation est logique mais a des conséquences encore aujourd'hui sur le poids de la distribution sur la production.
Joli post qui rappelle beaucoup beaucoup beaucoup Les cahiers du CREA n)6 « Révolutions industrielles, modes de consommation et formes de l'échange »
il est transféré vers vous, consommateur de musique en streaming comme l'étaient nos aïeux de la radio. Il faudra trouver un modèle économique certes et il passera par la production scénique, le spectacle vivant, derniers attraits de nos défuntes stars.
C'est volontaire dans le sens ou les indé font un constat objectif (que tu décris dans ton com) et décident alors de faire ce move.
Le cahier du Créa je l'ai lu, mais je m'en suis pas inspiré pour cet article (tiré de mon mémoire). J'ai plutôt l'impression que les sources que j'ai utilisées se sont par contre bien inspirées de ce Cahier parce que je retrouve exactement les mêmes données
Ouais enfin la radio s'est avéré être un canal/média de promotion très efficace pour booster les ventes de disques.
Le modèle économique est effectivement encore à trouver, mais les contrats à 360° redonnent un peu espoir (pas trop non plus).
Intéressante lecture sur l'histoire industrielle musicale.
Nous allons passer d'une industrialisation de distribution à celle de la diffusion, et forcément l'ancien modèle fait preuve de conservatisme alors qu'il devrait faire preuve de plus d'ouverture et d'adapter la commercialisation de la musique dans un univers ou le web 2.0 c'est imposé comme une nouvelle révolution, comme du temps de Gutemberg et l'apparition de l'imprimerie.
Ils ont tournés le dos à Napster et au MP3 il y a quelques années, pas sur qu'ils réussissent à sauvegarder leurs monopoles s'ils s'obstinent à vouloir opposer les acteurs entre eux…..
Le point positif est que l'industrie musicale a donc pu survivre à de précédentes crises qui comportent de nombreuses similitudes avec la crise actuelle.
Certes Il existe des similitudes, cependant je pense qu'il faut tenir compte que les conditions d'accès et le mode de diffusion de la musique ont radicalement changés, l'utilisation d'internet et le comportement vis à vis des technologies influencent également l'avenir des productions donc de la diffusion, sacré défis en perspective.
Certaines signatures d'artistes peuvent permettre de financer d'autres artistes, ce qui en soit est une bonne chose, ce qui tend à dire qu'il est important que les maisons de disques ou labels survivent à cette mutation puisqu'ils sont des acteurs clef de la production et de la distribution…ils leurs faudra s'adapter et trouver les nouveaux codes de la nouvelle ère de la diffusion qui risque de s'imposer.
Un peu d'histoire ça fait toujours du bien, il n'y a jamais de nouveauté, que des rééditions. L'arrivée du hip hop a créé, dans une moindre mesure, les mêmes mouvements de concentration.
Aujourd'hui, les indépendants innovants se retrouvent du côté de la production avec MYMAJORCOMPANY et consorts qui proposent une nouvelle façon de détecter et promouvoir de nouveaux talents et du côté de la commercialisation online avec DEEZER, SPOTIFY et quelques autres acteurs qui proposent uine nouvelle façon légale de consommer gratuitement ou non de la musique.
Voici la matérialisation des modifications – causées par internet – de tous les maillions de la chaîne de valeur de l'industrie musicale : http://spreadsheets.google.com/pub?key=rZOXUM2i...
Là je suis pas d'accord avec toi Philippe, MMC applique le modèle des majors à des artistes formatés grand public. La diversité est pauvre, et l'innovation musicale l'est encore plus.
Ils ne proposent aucune nouvelle façon de détecter ni de promouvoir les nouveaux talents, mais proposent aux fans une expérience plus forte en échange d'un transfert de la prise de risque.
Salut hugo,
petite question par rapport a tout sa. Penses tu que les majors sont actuellement tournés uniquement vers les problèmes liés vers internet ou bien continuent ils a poser un regard de méfiance sur l’évolution des labels indé ? en d’autres termes, considèrent ils les indés comme des concurrents potentiellement dangereux ou pensent ils que les indés sont sur la touche, et que la seule et unique concurrence se situe sur le net ?
Tu l’auras compris, c’est toujours pour mon étude ^^
Merci d’avance,
Tom
J’ai l’impression que les labels sont tellement sous pression et sont souvent à l’agonie qu’ils ne sont plus réellement les concurrents des majors. Toute l’industrie musicale est dans la même galère et j’imagine qu’il est temps de mettre les querelles intrasectorielle de coté !
Bonjour,
Après avoir lu cet article qui m’a paru très intéressant, je me posais juste une question :
Si il est précisé que « la révolution rock » a en quelque sorte bouleversé l’industrie musicale, est ce que par la suite, la stratégie d’aspiration des labels indépendants par les majors n’a-t-elle pas provoqué un bouleversement du mouvement rock ( Je pense notamment à l’apparition de groupes « rock » plus commerciaux que contestataires.)
Oui et d’ailleurs l’innovation musicale a pour moi décliné lors de cette concentration, et je t’invite à regarder cette vidéo de Frank Zappa qui donne une explication décalée de ce phénomène : http://www.youtube.com/watch?v=GowCEiZkU70