Un nouvel effet de concentration inévitable pour l'industrie musicale?
En temps de crise, les phénomènes de concentration sont courants, et l’industrie musicale n’a pas échappé à cette règle depuis un siècle. Nous l’avons vu avant l’apparition de la radio, avant l’apparition du rock, et après l’introduction du support CD, l’industrie musicale a connue de nombreux phénomènes de concentration entre des acteurs de l’industrie musicale et des acteurs d’autres industrie technologiques. Ce fut le cas lors de l’invention du cylindre, ou les maisons de disques principales ont fusionné avec les acteurs technologiques détenant les brevets d’exploitation des cylindres et des gramophones. Lors de l’apparition et du développement de la radio, les nouveaux acteurs ont été intégrés aux maisons de disques pour pouvoir créer une synergie entre les 2 activités (promotion et distribution).
Une intégration verticale :
Il apparaît alors probable que les majors de l’industrie musicale s’allient avec les acteurs désormais incontournable de la distribution de la musique en ligne : les fournisseurs d’accès internet/opérateurs. En effet ces acteurs se placent désormais en fin de chaine de valeur, contrôlent la diffusion de la musique et donnent en permettent l’accès. Ces acteurs eux-mêmes risquent prochainement d’amorcer une intégration verticale en achetant ou développant des plateformes de streaming musical (Deezer, WorMee) et ainsi bloquer la fin de la chaine de valeur de la musique digitale. Cette alliance entre les créateurs de contenus et fournisseurs de contenus doit se faire dans un environnement plus stable et moins contrôlé pour que les fournisseurs de contenu puissent utiliser librement la musique comme un produit d’appel. Et c’est justement cette donnée qui n’est pas respectée actuellement, ce qui fait que l’utilisation de la musique par les FAI est soumise au contrôle des majors en amont de la chaine de valeur. Conséquemment la musique est soumise au régime du droit exclusif et les FAI doivent négocier les catalogues à des prix exorbitants. Une fois ces barrières tombées, une intégration verticale est possible, pour permettre des économies d’échelles, le tout à l’intérieur de grands groupes.
Le but ultime est de pouvoir à l’intérieur de ce même groupe recréer et contrôler toutes les chaines de valeur de la musique. Produire un artiste dans les majors, le promouvoir avec la radio, et maintenant les fournisseurs d’accès et leurs services de streaming, puis de distribuer la musique via des FAI, et via les canaux classiques contrôlés par les majors. Dorénavant l’intégration d’un partenaire technique – tel Sony avec le CD – n’est plus cohérente. Il est nécessaire de reprendre les termes du contrat d’artistes de préférences à 360° et de tirer le plus de bénéfices de ces sources de revenues contrôlées et de préférence faire des synergies entre les différents organes de ce grand groupe. Ainsi Vivendi est actuellement en mesure de le faire avec Universal, SFR, et Canal+. Universal est actuellement en train de choisir une stratégie à 360° et rachète des salles de concerts et des tourneurs (L‘olympia). Ce contrôle de la chaine de valeur par ces grands groupes paraît assez peu probable à court terme, mais dans ce scénario de concentration et d’intégration verticale, c’est un scénario envisageable à moyen – long terme.
Une telle stratégie peut être adopté par les majors en quête de survie, non pas en quête de développement. Une intégration verticale similaire à celle décrite aurait plusieurs buts :
- Créer des économies d’échelles
- Créer des synergies entre les activités
- Monétiser l’écoute de musique en la transformant en produit d’appel pour l’achat d’autres produits

Les inconvénients
De cette stratégie découle de nombreux effets négatifs pour l’industrie musicale, en tant qu’entité artistique. Car en effet, si des groupes de cette taille venaient à devenir la norme, cela voudrait dire que la musique ne peut plus être vendue en tant que produit. Ces groupes relègueront inévitablement la musique en tant que produit d’appel, et le caractère culturel disparaitrait. Ainsi la musique produite sera choisie en fonction de son potentiel à toucher le public le plus large possible. Une des conséquences possibles serait un matraquage encore plus fort des artistes à succès de ces grands groupes, par tous les moyens de promotion détenus. (Universal?)



07. mai, 2009 






À Propos de l'Auteur :
« Ces groupes relègueront inévitablement la musique en tant que produit d’appel, et le caractère culturel disparaitrait ».
La musique, a toujours joué avec cette notion de produit d’appel. A la messe, à la guerre…
Plus récemment, les magasins de disques, dans leur grande majorité, l’ont utilisé également comme produit d’appel – cela n’enlève pas forcément son caractère culturel
Rémi
Ce que je trouve dangereux c’est que l’industrie sera complètement maîtrisée par des personnes qui se foutent de la musique, rien de mieux pour lui faire encore perdre plus de valeur.
Quoi qu’on dise, les majors sont encore dirigées (la plupart du temps) par des personnes qui aiment et défendent la musique, ce qui ne sera plus le cas avec un tel scénario :/