Le MIPCOM est Soldout, le MIDEM fera-t-il autant de bruit ?
« The future is about gigs and assets and art and an ever-shifting series of partnerships and projects…The industrial age, the one that started with the industrial revolution, is fading away. It is no longer the growth engine of the economy. » (Seth Godin)
C’est en interviewant Laurine Garaude, directrice de la division télé chez Reedmidem, (responsable des MipTV, MipCom, Mipdoc, Mipjunior, Mipformat, ConnectedCreativity) que cette sensation ancienne resurgie : l’industrie musicale ne pense et n’agit toujours pas de manière transversale. Pourtant, les expériences et recherches faites dans l’industrie de l’audiovisuel devraient être une source d’inspiration pour une industrie en pleine mutation. Les mêmes bouleversements sont subis par les activités cousines dû à l’avènement d’internet et des réseaux sociaux qui créent une globalisation exacerbée (avec des communautés plus nombreuses mais plus larges*) et impactent fortement les habitudes de consommations. Il est vrai que les marchés ne sont pas les mêmes, que le nombre de personnes passant du temps devant des feuilletons est incomparable avec la portion de la population qui écoute de la musique. Mais, serait-il impossible d’imaginer que l’on pourrait réduire le faussé existant entre deux acteurs de l’entertainement qui ont une fonction similaire dans la société ?

Dans cette interview, vous trouverez quelques pistes de réflexions qui bien qu’elles soient connues des acteurs de l’industrie musicale, pourront peut-être encourager la prise de risque et l’expérimentation.
Le Focus Russie est incontournable. Pourquoi la Russie ? Le marché de la Russie est à en plein développement. Plus de 330 chaînes. C’est un marché très important avec des revenus provenant du câble qui atteignent les 723 Millions de dollars par ans. Les revenus publicitaires sont aussi très très élevés. Ce qui est aussi intéressant c’est que leurs revenus publicitaires internet sont en pleins développements, ils sont en train de dépasser beaucoup de pays. Il y a donc des développements importants à tous niveaux. Il y aura un “Russia House” devant l’entrée du palais du festival. Il y aura en vitrine la présentation de la production Russe mais aussi, on trouvera des sessions d’informations sur les nouveaux médias et leur impacte en Russie…
C’est un focus pour aider les professionnels à mieux se connaître, encourager les partenariats avec la Russie sur la création de contenus. Donc, nous savons qu’il y a pas mal de discussions sur la co-production et les partenariats.
L’Europe reste une part très importante du marché au niveau mondiale. On constate une importante Internationalisation des contenus, par exemple “The Killings” (série Danoise) a été vendu et diffusé sur plusieurs continents. Les contenus s’internationalisent et les formats (équivalent des covers en musique) sont de plus en plus fréquents. La co-production est un élément essentiel de cette internationalisation des contenus.

Le mipTV et le Mipcom sont des marchés soeurs, très similaire. Au MipTV, qui est en début d’année, il y aura des focus sur la technologie, plus de réflexion sur les coproductions, les partenariats pour la production et création des contenus. Connected Creativity prend place pendant le MIPTV. Le travail qui y est effectué est plutôt celui qui se fait en amont de la réalisation. Au MIPCOM, vous trouverez plutôt des acteurs tels Netflix ou Mirama. Anne Sweeny, qui mène l’expansion de Disney a tjs été précurseur en matière de nouvelles technologies et innovations et elle effectuera une keynote. Au MIPCOM, ces préoccupations sont au coeur. Le Digital Mind Summit, qui est réservé aux têtes de l’industrie audiovisuel, des nouvelles technologies et réseaux sociaux s’effectuera au MIPCOM. Pour les nouveaux entrants, les acteurs de la technologie et les marques, la question se pose peut-être, ceci dit, les mêmes viennent aux deux salons.
Nous avons cette année un Grand Screening, “Missing”, grande série policière qui va sortir chez Disney sur ABC studios, qui sera présenté en avant-première au MipCom. C’est pour les acheteurs mais aussi, tous les acteurs seront présents pour activer le buzz autour de cette série à venir. De plus en plus de star de cinéma sont présentes dans les séries télé. C’est une forte tendance qui montre la montée de ce nouveau format. Leur présence à un impact médiatique qui permet aux publics d’anticiper les programmes, crée une demande et un intérêt. Leur présence a déjà créé un buzz sur Twitter et Facebook, et c’est un phénomène intéressant qui se produit. L’intérêt pour un programme se fait très tôt en amont de sa sortie.
La plus grande difficulté reste la sélection des intervenants, programmes et sujets abordés. Il y a tellement de sujets essentiels et intéressants, c’est parfois difficile de choisir. Notre rôle est aussi d’aider les professionnels à se rencontrer, ceux qui n’avaient pas forcément en tête de se rencontrer ou de travailler ensemble. Nous essayons donc d’organiser un maximum de plateformes d’échange comme par exemple cette année, le “Asia contente exchange”, que nous organisons pour la troisième fois. Cette plateforme fait le pont entre l’Asie et le reste du monde via des screenings, des rencontres, on essaye de faire des choses qui sont assez fines à ce niveau là et on espère que ça fonctionne bien. C’est en tous les cas quelque chose que l’on fait de plus en plus.
Je pense qu’il y a beaucoup de Game Changers. La plus grande question reste celle du lien avec les consommateurs, en y incluant leurs habitudes changeantes. Comment rester proche du consommateur ? L’autre grande question c’est l’impact des social et connected TV sur la création de contenus et sur les modèles ?
Nous essayons d’encourager la rencontre de ces deux univers. Tout est une question de collaboration. On a besoin des producteurs pour la création de contenus et nombres d’entre-eux commencent à penser en termes de transmédias, ils pensent dès le départ à comment créer pour différents outils, différents terminaux et habitudes de consommation. Mais il faut pour ce faire, les idées qui vont provenir des sociétés web et startup et c’est la fusion des deux qui engendrent vraiment le game changing. Le monde de l’audiovisuel sait que c’est très important, ça n’est plus une surprise maintenant, tout le monde le sais, maintenant, c’est une chose de le savoir et s’en est une autre de le mettre en oeuvre, de le vivre. Partout, il y a des divisions digitale, il y a beaucoup de business digital qui se fait mais il y a une différence entre la vente de contenus pour des plateforme digitales et la création de nouveaux types de contenus. Cela doit se faire en parallèle.
Ce sont des choses qui sont en train d’être gérées. Dans “Rebooting the TV experience” la thématique est liée aux nouvelles techno. Le Ultraviolet, un nouveau système de DRM sera discuté lors de cette session. On sait que les consommateurs veulent voir les contenus sur n’importe quel terminal, à n’importe quel moment, de n’importe quel endroit. Le cloud devrait régler ces questions mais en effet, la rémunération des auteurs/réalisateurs et producteurs est une chose qu’il va falloir repenser. On veut faciliter le vie du consommateur tout en maîtrisant les droits liés aux contenus.
C’est quelque chose qui est acquis parce qu’on sait que c’est là, que c’est le futur. Anne Sweeny adresse ce sujet. Tout le monde sait que ça fait parti du futur mais plus encore du présent.
Les statistiques montrent que les gens regardent de plus en plus la TV. Les statistiques montrent que la consommation de Télé est en hausse. Simplement, la façon de regarder la télé est en train de changer. C’est sur plusieurs écrans à la fois, on Tweet et on Facebook en même temps. Tous ces réseaux font partis du mix aujourd’hui donc, le mix est différent. Des tests sont effectués pour savoir pendant combien de temps un programme devrait rester sur une fenêtre avant d’être disponible sur différentes fenêtres. La nouvelle question, qui n’est en fait pas si nouvelle, mais qui revient au goût du jour c’est tout ce qui est live, en direct, de façon à ce que les gens regardent tous en même temps un même programme. Il s’agit de fédérer une audience dans un instant T qui va Tweeter et Facebooker en même temps… C’est la force de l’évènement et son impact sur les réseaux sociaux à ce moment là qui crée une nouvelle expérience. Les réseaux sont une nouvelle télé en quelque sorte. C’est une évolution importante mais qui n’enlève pas le fait que tout le monde veux regarder de la télévision.
Le consommateur doit être au coeur des réflexions. Leurs habitudes de consommation changent mais ils veulent toujours regarder des programmes.
Il y a forcément des raprochements. ll y a beaucoup de transpositions à faire. Des sujets traités dans un secteur et des réponses valables dans l’autre. Dans Connected Creativity, on avait beaucoup parlé de musique, il y a beaucoup d’expèriences à partager.
Shazam, sera là pour “content discovery”. Ils interviennent sur la thématique de la recommendation. Quelles sociétés seront moteur pour aider les consommateurs à choisir.
Le crowdfunding et le crowdsourcing seront aussi des sujets abordés lors de ce MipCOM.
La musique en tant que vecteur de comunication n’est pas encore un sujet vraiment présent sur nos marchés mais c’est en effet une piste à investir.
Youtube sera là. Ils font un workshop sur la nouvelle génération de producteurs. Comment utiliser ces plateformes pour trouver et travailler avec les nouvelles générations.
Le placement des marques est un sujet de plus en plus important. Le lien entre les marques et l’investissement. Les alternatives de financements (traité dans “Money Matters”). La partie invéstissement des marques dans la création de contenus et en tant que sponsor. Il existe différentes façons de créer des partenariats qui sont en train de se développer de manière significative. Dans l’audiovisuel, cette notion intervient notamment beaucoup dans les formats. Des ponts se créent entre les agences de promotions, les marques et les producteurs.

L’économie de la musique est en panne. Ses acteurs principaux peinent à trouver de nouvelles façons d’entretenir ses auteurs et acteurs. On ne jure plus que par la synchronisation ou le branding qui sont, soit disant la future source de revenus des producteurs et éditeurs de musique. Mais qu’en est-il de la pression de l’industrie musicale pour avoir plus de place sur un marché tel que le MIPCOM ou Connected Creativity et ainsi promotioner le concept de musique comme vecteur puissant de comunication ? Les Majors feront-elles le déplacement pour comprendre les besoins de leur consommateurs les plus importants soit les producteurs de contenus audiovisuels ? Les décideurs et consultants pour l’industrie de la musique seront-ils présents au MIPCOM pour s’inspirer des solutions évoquées par l’audiovisuel ? Qu’en est-il de la production de contenus qui ne devraient plus simplement être pensé pour de l’audiovisuel, le gaming, la scène ou le marché du disque mais d’un “tout ça” ?
Les chiffres de l’audiovisuel sont certes incomparables à ceux de l’industrie de la musique. Les sommes investies sont faramineuses pourtant, la prise de risque est essentielle. Notre monde (de la musique) est plus petit et quelques individus suffisent à en verrouiller le fonctionnement. Cependant, une chose m’attriste plus que la crise du disque et que le manque d’intérêt pour la musique, c’est le manque de prise de risque dans les investissements et d’inventivité au niveau business et artistique. Il existe en France un potentiel inexploité et l’angoisse de voir tous ces talents (business et création) se tourner vers l’étranger est une réalité qu’il ne faut pas négliger.
Le MipCom cette année est Soldout et c’est plutôt bon signe pour l’industrie de l’audiovisuel ! Le Midem saura-t-il provoquer un tel engouement en ne tentant pas de concurrencer un SXSW difficilement égalable ?
Comme nombre d’entre vous le savent, le MIDEM cette année change de formule. Pourra-t-on y trouver des solutions à nos problèmes, y entendra-t-on parler de sujets tels que :
- L’économie de la PI : quels sont les concepts à revisiter ?
- Comment repenser la création pour de nouvelles habitudes de consommation ?
- La musique peut-elle être considérée comme un produit d’appel ?
- Les alternatives de financements (crowdfunding, plateformes de production collective, branding…) ?
- Comment un outil comme les Creative Commons pourraient encourager le crowdsourcing et générer de nouveaux business models ?
- La musique deviendra-t-elle une « affaire d’état » ?
- B2C, quels nouveaux rôles pour les intermédiaires ?
- Pour une meilleure gestion des droits numériques, une base de données numérique globale, où en est-on?
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*(lire à ce propos “Mainstream” de Frédéric Martel ou encore “Tribes” de Seth Godin)
Crédits photos CC (BY – NC – SA) : alessandraelle; MyTudut



04. oct, 2011 






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